OMG Le choc des cultures

13 Juil
Flickr/CreativeCommons

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Quelque part au Nord-Est des Etats-Unis:

Serveuse: « Hi guyyys! » (Jeune femme pleine d’entrain, amour et compassion qui semble aimer passionnément son métier au service de clients couverts de sueur en pleine canicule post-polar-vortex).

Vous (dégoulinant et louchant dangereusement sur l’assiette de la table à proximité): « Hi! »

–       How are you guys doing todayyy? (sourire « Émail Diamant, la magie du blanc » –  plein de quenottes parfaitement alignées grâce à la pose d’un appareil dentaire dès les dents de lait)

–       Good, thanks!

–       Well… Welcome to [nom de n’importe quel café/restaurant/dive bar crasseux au bord de l’autoroute] My name is Whitneyyyy! (yeux grands ouverts signalant une certaine envie de se lier d’amitié avec vous et le reste du monde) I will be taking care of you tonight! (battements de cils enjoués, semi-clin-d’œil semi-flirty).

–       Great! (sous le choc, tant d’affection vous renvoyant aux jours heureux de complicité avec votre baby sitter)

–       Would you like some ice water to start with? It’s been HOT today! (Multitasking de l’extrême> elle verse des glaçons  – que les Américains semblent préférer à l’eau pour une raison qui échappe aux touristes – dans chaque verre tout en parlant et distribuant les menus)

–       Thank you.

–       Of COUUURSE! Thank YOU for comiiing! (Emphase sur le « you » témoignant de son immense gratitude, amour et compassion)

–       …

–        Okayyy! So I will let you guys look at the menu for a couple minutes and will be RIGHT back with you, is that okayyy?

–       Hmm.. Actually, could we have two « cafe au lait » (vous prononcez « caffè ow lay » preuve ultime de votre intégration) please?

–       Oh! Oh! Ab-So-LUTELY (air désespéré de celle qui a fauté pour avoir osé suggérer que peut-être vous aviez besoin d’une minute de réflexion)

–       Thank you (ton serein et posture magistrale: you freaking rule this place!)

–       I will be RIGHT BACK, give me ONE minute. (S’en va l’air affairé, toute préoccupée qu’elle est par votre bien-être physique et émotionnel)

Pendant ce temps, à Paris… Dans un café de Saint Germain-des-Prés dont nous tairons le nom afin de ne pas affoler nos sept lecteurs et demi et nuire ainsi de façon irrémédiable à sa réputation.

Serveur:  (vous ignore)

Vous: « Excusez moi monsieur, pardon, bonjour, euh… » (Un jeune homme à mono-sourcil élégamment vêtu vous jette un coup d’œil – et/ou un sort, vous n’êtes pas sûr – et s’en va)(à vous même) « ah, mince, je crois qu’il m’a pas entendue ».

–       … (hurle au loin) UN STEACK TARTARE POUR LA 8!

Dix minutes plus tard

–       Monsieur? S’il vous plaît! C’est possible de passer commande? S’il vous plaît? (Vous recroquevillant sur votre chaise en osier) Peut-être?

–       Oui? (Regard qui dit « non. »)

–       Deux cafés au lait s’il vous plaît.

–       …  (lève les sourcils d’un geste qui trahit un manque évident de compassion pour vos deux heures de marche en pleine canicule et pourrait être traduit par les experts comportementalistes par une certaine envie de verser sa carafe d’eau dans votre nuque)

–       Merci.

–       (désintérêt total, regarde les autres clients/passants/chiens avec lesquels il préférerait clairement être en train d’interagir) Ce sera tout? (s’éloigne avant d’avoir pu entendre votre réponse)

–    (d’une petite voix) Oui… (vous demandant si peut-être vous l’avez offensé en demandant du café au lait à 5 euros à la terrasse alors que le serveur préfère sûrement vous servir un cappuccino à 7,50 euros, plus rentable, mais en même temps ce n’est pas de votre faute si vous aviez envie d’un café au lait? Ou bien est-ce votre faute? Fuck fucking fuckers!)

Pendant ce temps, quelque part au Nord-Est des Etats-Unis

–       I have two beautiful caffè ow lay for you guys, here it is! Be Careful! It’s very HOT, don’t burn yourdelf okay guyyyys?! (pose délicatement deux tasses avec un cœur en mousse de lait sur l’un et la Joconde sur l’autre)

–       Thanks!

Littéralement trente seconde plus tard

–       How are the caffè ow lay guyyys? Is there anything else I can do for you at the moment? (Battements de cils qui trahissent le coup de foudre inévitable qui est en train de se produire entre Whitney ici présente et le reste du monde)

–       It’s good, but it’s a bit weak, would you mind adding some more coffee please? (n’en revenant pas d’oser critiquer ouvertement un produit réalisé avec tant de gratitude, amour et compassion)

–       Oh My God! (choc et regard suspicieux vers le barista) Ab-so-LUTELY! (visage décomposé par la critique mais déterminé à vous faire pardonner l’outrage que vous risquez probablement d’associer à [nom de n’importe quel café/restaurant/dive bar crasseux au bord de l’autoroute] coûte que coûte – c’est désormais une affaire personnelle). Sorry about that! I will be right back with an extra shot of  expresso. Is there ANYTHING ELSE I can do for you right now?

Pendant ce temps là, à Paris, dans un lieu toujours tenu secret juste en face de l’église St Germain des Prés afin de préserver sa réputation et éviter les représailles puisqu’il est si connu et que tant de stars s’y rendent.

–       Monsieur! Pardon! (regard qui essaie de transmettre votre regret d’avoir à mettre en cause son savoir-faire unique et authentique, épongeant le café que le serveur a renversé sur la table en laissant à moitié tomber votre tasse) Excusez moi mais euh… le café, c’est bien un café au lait?

–       Oui (ton ferme et définitif, tout en replaçant les chaises et tables autour de vous parce que son temps est trop précieux)

–       Parce que…

–       Oui c’est un café au lait madame.

–       Parce que le lait… (battements de cils, tentant de rester aussi digne que possible même si vos lèvres tremblent comme pendant le fameux cours de latin où Madame Lavignie vous interrogeait sur la déclinaison de Dominus , Domine, Dominum)

–       …

–       Est-ce qu’on peut peut-être rajouter un tout petit peu de café? Juste une goutte? Parce qu’on dirait un peu du « lait au café » si vous voyez ce que je veux dire… au lieu du… café au lait.. hehe…

–       …

–       …he

–       C’est comme ça qu’on fait le café au lait ici madame (s’en va en finissant sa phrase, ce que les experts comportementalistes pourraient traduire par un ‘parle à ma main’)

–       Ah. D’accord.. je… très bien. V-v-veuillez m’excu…

Oui oui oui. Je vous voir venir, mes sept lecteurs et demi, avec votre LUCIDITÉ. Le coeur dessiné par Whitney sur l’addition n’est qu’une entourloupe vouée à vous soutirer de l’argent, dans un moment de vulnérabilité caniculaire post-polar-vortex.

Ce à quoi je réponds: Certes.

N’empêche que le café est quand même vachement meilleur avec un sourire.

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OMG, le samedi soir

17 Oct
Flickr/CC

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Dans l’intérêt de tous mes sept lecteurs et demi, j’ai pensé, en cette semaine pré-Halloween, qu’il serait bon d’établir un petit guide de la fête américaine.

Voici donc le résultat de mon analyse sociologique basée sur ma pseudo-vie-sociale (de meuf qui termine tous les soirs à 22 heures et se réjouit excessivement de passer la soirée seule à manger du poulet rôti avec son chat après 22h30… voilà voilà). BREF. Let’s go.

  1. Il est normal que votre hôtesse vous acceuille en disant « Je suis obsédée par ton écharpe »

Exemple (véridique):

– HEYYYYYY CELIA OMGSOGOODTOSEEYOU! COME HERE! I LOVE YOUR FACE! I LOVE YOUR SCARF! WHERE IS IT FROM?

– Euh… it’s a… present.

– I AM OBSESSED WITH IT! COME! Let me introduce you to EVERYBODY. HEY EVERYONE THIS IS MY FAVORITE FRENCH FRIEND!

Analyse: La coutume américaine veut que les femmes, surtout un peu ivres, se complimentent entre elles au sujet du premier truc qui leur plaît vaguement chez l’autre – Eternelle bienveillance féminine quand tu nous tiens.

Conseil d’amie : Si vous ne savez pas quoi dire, ouvrez grand les yeux et répondez en toute simplicité: « OH MY GOD I WOULD LITERALLY KILL FOR THIS NAIL POLISH!!».

  1. Oubliez le vin et acceptez un Jelly Shot (avec le sourire)

Vous y êtes. En arrière plan, l’éternelle play-list Pandora Lorde/MGMT/Lana Del rey. Un bol de guacamole viré marron, les miettes de chips sur le canapé, les pupilles dilatées à la Budlight. Les anglaises rebondissent sur les dos nus et les sourires Crest 3D whitening patches se détachent dans le halo bon marché des lampes de chevet Ikea.

« Oh Hi there! », « Hello ! », « Nice to meet you ». Vous serrez les mains en cherchant des yeux l’Homme De Votre Vie (à qui vous avez possiblement oublié de donner l’adresse de la fête et qui a donc possiblement passé une heure sous la pluie à vous attendre dans une rue mal éclairée de Chinatown, mais vous êtes mariés donc tout va bien.) Quelqu’un au loin prend votre hôtesse à part et vous l’entendez lui dire : « Beer Pressure ? No, there is no beer pressure! »

DONC -> Que faites-vous en arrivant avec deux heures de retard à une fête où vous ne connaissez personne en dehors de votre mec qui sèche son jean avec un sèche-cheveux dans une pièce indéterminée ? That’s right : vous cherchez un verre. Vous ouvrez une semi-pièce réfrigérée grande comme votre cuisine lausannoise que les Américains appellent frigo. Un petit panneau scotché sur une étagère indique :

 JELLO SHOTS ! BLUE : VODKA, RED : RUM ! ENJOY RESPONSIVELY!! (comprendre : Je ne nettoierai pas votre vomi)

Analyse: le jelly shot est, comme son nom l’indique, un shot de gelée souvent colorée qui rebondit comme la graisse du ventre pendant un jogging, dans laquelle a été solidifié l’alcool de votre choix. En deux mots, ça ne balance pas exactement du rêve, mais c’est plus léger qu’une fondue pour ingurgiter de l’alcool sous une forme non-liquide. Il faut lécher le fond du shot, c’est cracra, les ados adorent, les kidultes aussi.

Vous hésitez quand le colocataire de votre amie insiste sur le fait que c’est une expérience culturelle obligatoire. Vous gobez sans mâcher et vous vous dîtes que le Bordeaux c’est quand même autre chose. Mais toute suite après vous en prenez un autre, au nom de l’expérience culturelle.

Conseil d’amie : Evitez l’air dégouté de celle qui a lu un jour en attendant le bus que l’ingrédient principal du dit jelly shot est une gélatine à base d’os de porc.

  1. S’il n’y a plus de glaçons, faites comme tout le monde : Paniquez

– Now… would you like a real drink?

Un bras sur la porte du frigo, le coloc de mon hôtesse (qui, elle, cuve quelque part), a décidément le sens de l’accueil (ou bien cherche à me soûler pour mener sur moi des expériences scientifiques dans la cave, après tout il est au MIT et je l’ai entendu dire à quelqu’un « I know it’s insane, it’s like problem solving your own CODE »).

– Sure, what else do you have ?

– Vodka, rum, bier, cider ?… Or ginger bier. You can mix it with vodka and you get a « Moscow mule ».

Je me fais donc avec un enthousiasme que seul trois jello shots peuvent justifier une « mule de Moscou » – même si le nom « mule de Moscou » me donne en soi envie de me cacher sous la table. Une jeune femme naine glisse sur le parquet et personne n’ose l’aider à se relever de peur de ne pas avoir assez l’air politically correct. Elle se débat donc trente longues secondes seule dans une flaque de jus, mais le coloc de mon amie reste concentré:

– WAIT WAIT you need ice.

– Do I ?

Tremblement fébrile du coloc.

-Where is the ICE? OH GOD. DAN ! Dan, Do we still have ICE?

– Oh no…

-I need to go get Ice.

Analyse: Quand le reste du monde produit avec amour 20 petits cubes aux contours imparfaits, avec la fierté d’un savoir faire centenaire, dans un bac à glaçons offert par tonton Bruno, l’Américain, lui, qui achète des sacs de glace au 7 Eleven et qu’on se le dise : peu importe la musique, la mule de Moscou ou la « coupe de cheveux », une fête sans glaçons, c’est comme le retour de Sarkozy: un Fail.

  1. En revanche, quand tout le monde vous dit « YOU NEED A HAIR CUT », ne paniquez pas (trop)

Je vois venir votre perplexité de l’autre côté de l’Atlantique. Comme moi, vous vous écriez avec grâce : « GNÉ ?? » – qui peut aussi être traduit par : « mais de quoi s’agit-il ? »

Oui. La coupe de cheveux, the hair cut is a real thing. Pour info : Si on vous propose « la chaise de dentiste », c’est la même arnaque – mais perso ça me stresse encore plus.

Une nana me demande de m’asseoir sur une chaise et next thing I know il y a dix personnes qui m’applaudissent, en cercle autour de moi. On attache une serviette en papier à mon col et on me demande de mettre la tête en arrière « you know, like when you’re getting a HAIR CUT ! For the shampoo ! » Grâce/A cause des jelly shots, ET de ma mulette de Moscou, je m’exécute. C’est là que je croise le regard de l’Homme De Ma Vie qui sort de la salle de bain et me dit « oh no » mais c’est trop tard, on est mariés (rire machiavélique).

Je m’étouffe presque quand la nana verse dans ma bouche ouverte, nuque en arrière, quelque gorgée d’un alcool à la menthe qui ressemble beaucoup trop à du bain de bouche. « DONT SWALLOW », un mec arrive derrière moi et verse une généreuse portion de sauce au chocolat Hershey’s. « CELIA GOT A HAIR CUT ! YAYYY» J’avale le tout, ça ressemble à un after-eight liquide.

– SO what do you say ?!

– It’s both gross and delicious.

Conseil d’amie: Inclinez vous devant les applaudissements.

  1. Comme à peu près partout, évitez de parler : du conflit israélo-palestinien, du système de santé, de politique

J’aperçois l’Homme De Ma Vie un cidre à la main en pleine conversation. Je m’approche en silence tel un léopard des neiges (mais qui aurait encore de la sauce au chocolat au coin des lèvres) et attends le bon moment pour l’interrompre.

« Wie geht’s mein Schatz? »

Conseil d’amie : Si votre bien aimé(e) est Allemand(e), parlez lui en allemand quand vous avez quelque chose à vous faire pardonner de sorte que, vu votre niveau déplorable, il soit obligé d’utiliser des mots à votre portée, soit uniquement des mots gentils.

– Hallo meine Liebe! I was just telling this gentleman how you broke your elbow and had to fly to Germany because you only had luggage insurance.

Silence post-traumatique.

C’est là que quelqu’un crie « WHO NEEDS A HAIR CUT ?» et que vous poussez sur la chaise l’Homme De Votre Vie, parce que… well… vous êtes mariés.

OMG Madre de Dios OUCH Couic Couic

24 Juin

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Couic, Couic, Couic. Ça fait Couic à chaque mètre de couloir en lino qu’avale mon fauteuil roulant en faux cuir rouge effiloché. Et moi assise dedans, à observer les gens courir dans tous les sens vers leur avion en tirant la gueule et leurs valises.
Et lui qui se mord les lèvres en poussant la chaise vers la sortie tout en gérant la catastrophe à grands coups de téléphone internationaux. Je regarde dans les yeux ceux qui me regardent pleurer toutes les larmes de mon corps en mode there is no tomorrow. Et là je me dis : WHY ? WHY, fuck fucking fuckers ?

Comme tu l’auras remarqué, toi, lecteur assidu (bisou maman !) je n’ai jamais été hyper à l’aise sur deux roues – ni sur deux skis, ni sur une planche de bois qui roule, ni sur une planche de plastique qui flotte, sur quoi que ce soit susceptible de se mettre en mouvement contre ma volonté. Et pourtant, quand L’Homme De Ma Vie m’a dit « allez viens, on va faire un tour à vélo » alors qu’on passait 48 heures à DC pour fêter le fait que j’avais survécu à une grippe-sinusite de trois semaines, me suis-révoltée ? Me suis-je interposée ? Ai-je crié au scandale ?

Non.

J’ai pensé : si des singes de cirque peuvent faire du vélo sur un fil suspendu dans le vide, je peux tenter deux roues sur du bitume. Well. Watch and learn, you genius.

Non seulement je monte sur le vélib de DC, mais en plus j’ai l’idée spectaculaire de dire «viens, on passe par là pour changer», pointant du doigt une route en pente raide sans piste cyclable, moi qui suis sans casque, moi qui sais à peine faire du vélo, moi BFF de Passe-Partout, en mode défi Fort Boyard, attends, tu crois quand même pas que j’ai peur de l’inconnu. Imaginez alors ma surprise quand :

1. Je note qu’il y a une voiture juste derrière moi
2. Mon vélo s’arrête tout seul, ce chacal
3. Je fais un vol plané sur le-dit bitume

Essayant de toutes mes forces de ne pas mourir bêtement écrasée par la BMW d’un Congressman en mode Zoe Barns mais sans la gloire journalistique, je me traîne jusqu’au trottoir. La voiture s’arrête, un latino accourt en criant « Madre de Dios », « MADRE DE DIOS I saw your purse ! I watched you fall as I was driving! Your purse got caught in the front wheel ! Madre de Dios ! » L’Homme De Ma Vie, qui était loin devant, revient en disant « Mais qu’est ce que tu as fait » et je travaille sur mon self-control afin de ne pas les éborgner tous les deux de ma main vaillante.

Après une petite crise de larmes TU-RENDS-COMPTE-J-AI-FAILLI-CREVER, je ne peux plus plier le bras gauche mais je m’auto-convaincs que « c’est pas si grave » (Nooon…). Peut-être que c’est normal ? (Ouiiiii…). L’Homme De Ma Vie me suggère d’appeler mon rédacteur en chef tout de suite pour lui dire que je ne pourrai pas travailler le lendemain. QUOI ? AH NON, NO WAY ! Je vais pas EN PLUS être absente, pas après ma grippe-sinusite de 8 ans.

Bon.

On met de la glace, on rend les fucking velib, on attend en prenant un verre d’eau au Pain Quotidien.
Ah. Ça devient bien bleu quand même. Ouiii mais ça arrive.
Ah. Ça chauffe sévère. Hein, ça arrive ?
Ah. Mon coude a la taille d’un pamplemousse… Non?
Ah, j’ai des spasmes bizarres dans le bras toutes les cinq minutes. Hmm….

Comme j’ai peur, j’appelle ma maman (réflexe intéressant à 27 ans et deux mois compte tenu du fait qu’avec 6000 km et 6 heures de décalage horaire entre nous elle ne peut pas exactement me sauver). Sa conclusion : « MAIS VA AUX URGENCES, BORDEL. » C’est fou comme les mères ont cette lucidité propre aux esprits supérieurs. Mais je refuse. L’hôpital ? à Washington DC ? Je m’imagine assise pendant 12 heures avec des gens poignardés gisant sur le parvis parce qu’ils n’ont pas d’assurance, les pauvres. Rater mon avion pour Boston le lendemain à l’aube. Être en retard pour le travail. Hors de question.

Puis arrive la nuit, la douleur à te tordre les boyaux, et les spasmes qui me font dire que ce serait quand même con de perdre l’usage de ma main gauche, parce qu’après je devrais appeler mon rédacteur en chef pour lui expliquer que je ne pourrais plus travailler du tout, jamais.

Je suis donc aux urgences vers minuit, au grand soulagement final de L’Homme De Ma Vie, qui appelle en chemin l’assurance « juste pour être sûr » –parce qu’il est Allemand et qu’il pense donc à faire ce genre de choses de l’autre monde. On arrive aux urgences et je m’installe. Pour le moment pas de poignardé, et à ma grande surprise personne n’a l’air de s’être fait tirer dessus en achetant des bonbons avec un sweat à capuche. La moins bonne nouvelle est que juste quand j’inscris mon nom, l’assurance rappelle. « It seems like there is a problem with your insurance contract. You only have luggage insurance. If you could wait until the morning to talk to a manager…».

Ah… le légendaire sens de l’humour des experts en assurance!

Wait. It’s a joke, right ?

Et bien, non, as it turns out. Ils se sont trompés et au lieu de m’envoyer le même contrat que L’Homme De Ma Vie, ils m’ont envoyé un contrat d’assurances BAGAGE, ces cons. J’ai bien reçu la confirmation « WELCOME ! CONGRATULATIONS !» mais je n’ai pas relu tout le contrat. Et soudain le singe du cirque me pointe du doigt et se marre doucement.

Un médecin me dit « Ça peut attendre, si vous voulez régler vos histoires d’assurance, mais…It doesn’t look good». NO. KIDDING. Je me repasse le film de mes copines qui accumulent les factures à 10’000 dollars pour un IRM et soudain je me vois ruinée à vie, travailler comme une esclave pour rembourser ma dette de deux millions de dollars à un sombre hôpital américain à cause d’un fucking bike et soudain je crois que je me sens mieux. Je dis « non non, on va voir comment je me sens demain ». « Are you sure ? You have only one arm, you know »
Well… technically…

Bref, on rentre. On ne dort pas. Je serre les dents et j’appelle mon rédacteur en chef pour lui annoncer que je ne vais pas pouvoir travailler. Le jour se lève. On prend le métro. On prend un fauteuil roulant à l’aéroport de DC et l’avion pour Boston. Un autre fauteuil roulant à l’atterrissage, Couic, couic, couic.
Et là, dans le hall de l’aéroport de Boston, à H+20, je pète un câble.

Je veux aller aux Urgences.
TOUT DE SUITE.
NOW.
NOW I SAID !

D’accord, on y va. On nous conseille d’éviter les principaux hôpitaux « they are going to charge you tens of thousands of dollars ». On nous conseille d’aller aux « Urgent Care » du MIT. Personne ne sait vraiment où c’est, donc le taxi nous dépose devant le campus MIT, qui est à peu près grand comme Toulouse, inspire, expire. « Ah oui! Le Urgent Care, c’est derrière le Media lab, vous allez toujours tout droit, puis à gauche, puis tout droit, puis à droite, puis vous entrez dans le premier bâtiment… » On marche, je pleure, on marche encore.

Après 20 minutes on croise la police du campus. Je dois avoir l’air fraiche comme la rosée, parce qu’ils nous demandent s’ils devraient appeler une ambulance. Je me souviens de l’article du NYTimes sur le prix des ambulances, et je refuse. On marche encore, je pleure toujours, on marche encore. On arrive au « Urgent Care » du MIT.

– (Hôtesse qui a autant de compassion qu’un gardien de Guantanamo) Are you an MIT Student ?
– No.
– Well in that case we can’t help you.
– I… I am in a lot of pain. Really. Like 15 out of 10.
– (Homme De Ma Vie qui craque son slip ) YOU NEED TO GIVE HER MORPHINE, LOOK AT HER ARM, SHE’S BEEN ON IBUPROFENE FOR 24 HOURS.
– We can’t help you if you’re not MIT students. Are you employed by MIT ? Harvard ?
– YES, HARVARD.
– You should go to Harvard Urgent Care if you are a Harvard employee, sir. Is your insurance through Harvard ?
– NO ! LOOK AT HER ARM YOU MUST DO SOMETHING.
– Oh… (air un peu dégouté) Oh god.
– YES ! EXACTLY.
– Let me call you a cab. You have to go to Cambridge Hospital right now. She can’t stay like this ok ?
– NO SHE CAN’T.

Long story short-ish, on arrive à Cambridge Hospital et on est pris en charge tout de suite. Par un médecin qui dit « je reviens ». Puis par our BFF le Financial Adviser.

« Sooo… I hear you don’t have health insurance. You know, we can help you schedule your payments over several months » Blablabla. A ce stade, j’ai en boucle les mots WHATEVERFUCKYOUGIVEMEMORPHINE. Je signe le papier qui dit à peu près la même chose (« je sousignée moi-même comprends que je suis responsable de payer pour tous les soins »). Et SEULEMENT ENSUITE, je vois un comprimé de morphine. GLORY GLORY SHINE ON ME ! Je fais des radios. « OUCH. Lady, you’re gonna need surgery.»

J’ai trois fractures du petit os rond au bout du coude qui fait super mal quand toi, lecteur assidu, tu te cognes contre le cadre du lit, alors imagine quand il est en 4 morceaux. Et une fêlure sur un autre.
– So how much is it going to be ? 5’000 dollars ? 50’000 dollars ? 5’000’000 dollars?
Personne ne peut nous répondre. « Aucune idée ». « Plusieurs dizaines de milliers de dollars, peut-être. On ne peut pas opérer maintenant parce que c’est trop enflé de toutes façons. Donc prenez un jour ou deux pour réfléchir et revenez vers nous. En attendant, prenez autant de morphine que nécessaire.»

– (Moi, high on morphine, voyant des licornes voler autour de l’Homme De Ma Vie) Bon bah… qu’est ce qu’on fait ?
– Je crois qu’on devrait aller chez moi en Allemagne demain et te faire opérer là bas.
– (Moi, voyant des licornes lécher mon coude) Ouais. Grave. Trop bien.

C’est là que j’ai dû appeler mon rédacteur en chef pour lui expliquer que je serai absente pendant deux mois, en gros. Et ma maman pour lui dire qu’on allait se voir très bientôt si elle avait envie de faire un petit détour par Franckfort. Surprise.

Je te passe, à toi lecteur assidu qui est allé jusqu’au bout de ce post de blog, les effets secondaires de la morphine et la nuit à vomir dans les toilettes, le vol le surlendemain vers l’Allemagne qu’on a failli rater (couic couic couic), les huit heures d’avion avec un os en quatre, ma peur panique de me faire anesthésier et de ne pas me réveiller, la grosse infirmière allemande dans son uniforme vert qui me parle dans la salle de réveil et moi qui ne comprends rien mais qui tiens bon en me disant JE SUIS VIVANTE ET JE POURRAIS DONC MANGER BIENTÔT DE L’ALIGOT !, et à notre retour, la facture de l’hôpital américain de 2500 dollars pour les trois radios et le comprimé de morphine.
Let me just tell you: Européens, mesurez votre chance !
Et que si vous nous rendez visite je refuse de vous accueillir sans une preuve de votre assurance-voyage.
Et pas bagages.

OMG, they did it again*

6 Fév

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J’étais si près du but. J’avais presque réussi à échapper au Super Bowl 2014.

À part les paris qui occupaient tous mes amis, les statuts Facebook qui s’habillaient de commentaires partisans, les spots publicitaires perfusés aux milliards de dollars («Wait, t’as vu celui avec le chien et le cheval?»), à part les trois heures de couverture médiatique quotidienne toute la semaine précédent le match et CNN qui avait envoyé une équipe de journalistes à Time Square trois jours avant pour commenter l’arrivée des touristes (SUSPENSE: VA-T-IL NEIGER ?), à part les colis suspects qui avaient mis tout le monde sur les dents alors qu’en fait, c’était une petite blagounette à 48 heures de la rencontre, j’avais réussi, donc, à ne toujours pas savoir qui jouait la finale.

Pour celles et ceux qui, comme moi jusqu’à très récemment, ne savent pas vraiment de quoi il s’agit et hochent la tête en regardant au loin d’un air méditatif quand leurs collègues s’exclament «Ah oui, le Super Bowl, c’est dingue!» à la pause café, voici l’analyse à laquelle j’étais parvenue dans un précédent post :

Le Super Bowl – dont le nom, littéralement traduit par «Super Bol» ou «Super Saladier» en français, n’aura pas manqué de vous intriguer – est un événement majeur de la vie sportive (et donc de la vie tout court) aux Etats-Unis: il s’agit d’une compétition nationale de football américain. Le sport oppose sur un terrain rectangulaire zébré de blanc deux équipes de onze joueurs. Ces derniers mesurent en moyenne deux mètres vingt et sont vêtus d’une étrange tenue à épaulettes qui donne l’impression qu’ils n’ont pas de cou (mais, en vrai, ils en ont un) et de collants très très collants. On notera qu’une petite languette de tissu est parfois attachée à leur ceinture sur le devant (il me faudra encore déterminer l’usage de ladite languette).

Ils portent également un casque énorme qui fait deux fois la taille de leur visage, avec une petite grille devant leurs dents, façon «Daft Punk est entré en collision avec une cage à perruches». Bref, ils ressemblent, en gros, à des joueurs de hockey sur glace. Le spectateur non-initié pourrait croire que le but ultime des joueurs, en manque évident de contact humain, est de rentrer dans le tas de leurs adversaires puis de cracher par terre. Il n’en est rien. Le véritable but est de marquer des points grâce à un ballon de forme ovale à déplacer le long du terrain. C’est un peu vague, mais c’est là que s’arrêtent mes compétences techniques.

Dimanche, dans le silence solitaire interrompu seulement par le ballet des livreurs de pizza, je profitai donc des rues désertes et de la canicule qui poussait le thermomètre vers les +2 degrés Celsius. Alors que je me félicitai en rentrant chez moi d’avoir esquivé avec succès tous ces hématomes crâniens en direct et en leggings trop serrés, mes voisines frappèrent à ma porte: elles m’invitaient gentiment à rejoindre leur Super Bowl PartyDAMN!

Dans un ultime effort d’intégration sociale (et peut-être aussi parce que je n’avais pas trouvé d’excuse plausible pour y échapper sans avoir l’air parfaitement mal élevée) je me suis laissée convaincre. Leur chat serait de toute façon une excellente diversion si les pubs de Scarlett Johansson sirotant de l’eau gazeuse devenaient trop insupportables. J’amenai avec moi mes chocolats aux bricelets afin de sceller pour de bon notre amitié.

Ô, comme ma joie fut grande et mon pouls ragaillardi quand mes yeux se posèrent sur la table basse recouverte de guacamole, tortillas, pizza et Marshmallow crispy treats, selon l’appellation d’origine contrôlée de mes hôtes. «C’est le goût de mon enfance» m’expliqua ma voisine (qui en sort tout juste). Elle me tendit une assiette, je commençai à trouver toute l’expérience du Super Bowl beaucoup moins traumatisante que dans mon souvenir. Finalement, le Super Bowl, c’est un peu un buffet-séminaire-de-marketing-entrecoupé-de-mecs-sans-cou-qui-se-rentrent-dedans. Ça pourrait être pire… right?

Après avoir posé quelques questions sincères sur les règles du jeu et obtenu des réponses aussi extensives que patientes mais néanmoins trop complexes pour mon QI d’huître, je renonçai à essayer de m’intéresser. Le tout a rapidement commencé à ressembler à un film d’auteur québécois sous-titré en islandais: je n’étais pas loin de comprendre, mais vraiment, je ne comprenais pas. Je simulai donc un éclair de lucidité entre deux explications.

J’ajouterais à cette nouvelle analyse une dernière remarque, liée cette fois aux bonnes manières du Super Bowl: il est très difficile de savoir quand les convives sont vraiment autorisés à parler sans que leurs acolytes ne roulent des yeux (certes, me direz-vous, peut-être les règles sont-elles plus facilement établies quand on comprend ce qui se passe à l’écran.).

On a tendance à croire qu’un silence religieux est de mise pendant le que le ballon vole. Mais souvent, personne ne regarde les joueurs, trop occupé à se resservir en Marshmallow Crispy treats (suivez mon regard). En revanche, «CHUT CHUT CHUT! ATTENDEZ, J’ADOOORE CETTE PUB AVEC BRUCE WILLIS». Le Super Bowl brouille les pistes.

Je brise le suspense: le meilleur moment du Super Bowl fut Bruno Mars (oui… ça en dit long). J’ai fini la soirée en somnolant avec Samson le chat obèse en guise de bouillotte et une tasse de tisane. Vivement la Coupe du Monde.

*Autres titres possibles pour ce post:

OMG, I think I’m in love avec Samson le chat obèse de mes voisines

OMG, le jour où Bruno Mars saved the day

OMG, give me some more of that Mashmallow Crispy Treats so that I can forget that I am watching American football

Un lien vers ce post de blog sur 24 Heures et La Tribune de Genève.

OMG, le mal de la fondue

15 Jan

oalsaker/FlickrCC

Cela faisait des mois que j’en rêvais.

Depuis, en fait, que j’avais quitté la Suisse.

Souvent, la nuit venue, je regardais tomber la neige sur les trottoirs de Boston, j’observais les arbres grelotter sous leur couverture de givre, les maisons illuminées comme dans les films, et j’espérais vainement. Je rêvais du mariage parfait. Le seul, l’unique, celui du Gruyère du Vacherin, qui me prendraient par la main pour m’emmener danser dans leur ronde onctueuse, entre le vin, la muscade, et cette petite pointe de kirsch qui fait toute la différence. Et quelque part entre le crémeux du fromage, les joues rougies au caquelon et les rires croustillants, le bonheur.

Glacée à l’arrêt de bus avec mon latté-caramel-macchiato-no-sugar-soy-milk-whipped-cream en guise de bouillotte, je sentais la nostalgie de la fondue m’engourdir comme le froid, petit à petit, comme si tous les regrets et tous les doutes s’épaississaient en religieuse au fond du caquelon. La fondue était devenue la Suisse, le mal du pays en synecdoque me faisant regretter Lausanne à m’en rendre les yeux humides (ou bien était-ce les -21,5 C?)

J’avais épuisé toutes mes réserves – la vraie, celle du fromager qui fait passer par comparaison le mélange de supermarché pour une bouille tiédasse – quelques semaines seulement après avoir quitté Lausanne. Logiquement, je m’étais donc repliée sur mes derniers espoirs et avais tenté de convaincre une compatriote expatriée qui rentrait au pays pour Noël de me ramener un paquets ou deux, cachés en soute. Une mule d’un jour.

« Mais s’ils m’arrêtent à la douane de Boston ? »

– Je crois que c’est légal, non ? Et puis, au pire, t’es pas obligée de la déclarer!

– Ils fouillent au hasard de temps en temps à l’aéroport… s’ils la découvrent, je fais quoi ?

Déjà elle se rongeait les ongles, gagnée par l’anxiété de mon plan machiavélique.

– Moi dans le doute en arrivant, j’avais écrit « fondue set » sur ma déclaration à l’aéroport : j’ai embrouillé tout le monde, BAM !, c’est passé.

– Faut pas déconner avec la douane ici, j’ai mis trop de temps à obtenir mon permis de travail pour me faire renvoyer à cause de ta fondue.

La peur qu’engendrait la douane américaine était plus forte que mes espoirs de trafic de Gruyère-Vacherin. Il m’avait fallu PROUVER la légalité de cette entreprise, puisque personne ne voulait risquer son visa pour garantir mon bien-être (DAMN, n’avais-je donc aucun ami ?).

Suite à notre conversation, j’avais découvert, triomphale telle la Justice elle même, que les gardes-frontière ne devraient pas l’emmerder si elle me ramenait ma fondue. On pouvait lire sur le site des US Customs and border protection : « le fromage solide (dur ou à pate semi-molle, qui ne contient pas de viande), le beurre, l’huile et les produits contenant des cultures laitières tels que les yaourt et la crème aigre ne sont pas limités. La feta, le brie, le camembert, les fromages en saumures, la mozzarella et la mozzarella de bufflonne sont autorisés (USDA Animal Product Manual, Table 3-14-6). (…) Les fromages liquides (…) et les fromages coulants comme la crème épaisse ne sont pas autorisés depuis les pays touchés par la fièvre aphteuse. Le fromage contenant le la viande n’est pas autorisé selon le pays d’origine. » Je lui avais illico transmis ce poème en espérant qu’elle en ferait bon usage.

Deux semaines déjà. Elle était rentrée à Boston hier, j’avais rendez-vous avec elle ce soir.

Dans le bus qui m’emmenait chez elle, je rêvais donc, encore et toujours mais plus que jamais, de ma réconciliation avec l’hiver. Enfin.

« J’ai quelque chose pour toi ! » m’annonça-t-elle après trois bises en mettant la main dans son sac. Mon cœur allait me lâcher.

– TADAAAA !

Dans sa main trônait une petite boîte de chocolats à l’ancienne. « Et regarde, il y a même ceux aux bricelets ! » J’avalai ma salive en souriant du sourire coupable des ingrats. « Merci ! Alors ça… ça c’est une surprise ! »

Ouvrir la boîte, déchirer le petit papier faisant de chaque chocolat un cadeau miniature, l’écouter me parler de son voyage « et le restaurant gastronomique à Sierre, et le ski, et la dégustation de vin, et…». Je réalisai que si la nostalgie s’était cristallisée au fond du caquelon, c’était aussi et surtout parce qu’elle avait besoin d’être partagée.

Autour d’une boîte de chocolat, c’était aussi bien, finalement.

PS: Sinon, le blog OMG s’est fait une petite place sur La Tribune de Genève et 24 HeuresLes posts qui s’y prêtent apparaîtront donc sur les trois supports.

HELL YEAH! : ) xoxo

OMG faire du vélo

18 Déc

Flickr/CC FaceMePLS« Faire du vélo », pour moi, c’était une esthétique.

Un mythe du Beau et du Léger. C’était une jupe s’envolant dans les premières feuilles jaunies et l’ombre corail des derniers jours d’été, des paniers sur le guidon chargés de vin rouge, une baguette et du brie pour le pique-nique au bord de l’eau. Des clins d’œil essoufflés aux feux rouges, les joues rosies par l’effort. C’était une bicyclette vintage avec une petite sonnette en métal argenté et une scelle en cuir brut brunie par le temps.

Donc quand on m’a dit : « girl, you should get a bike ! », j’ai pensé « porque no, after all ».

Femme de parole (et un brin brain-washed par 90% de mes amis « marcher-c’est-so-2009-le-vélo-c-est-le-futur »), j’ai accepté de me rendre dans le magasin avec mes économies, et en suis ressortie avec une bête d’acier brossé – ou quelque chose de gris comme ça mais on disait que je savais de quoi je parlais, un casque turquoise et argenté ASSORTI à mon manteau turquoise ET à mon vélo argenté (ressembler à un champignon, d’accord, mais un champignon qui a du style) et une sonnette « INCREDIBELL » (comment résister).

En trois mots : J’étais fière.

Bon. Quand le vendeur m’a demandé de coller le sticker avec mon nom, prénom, et numéro de téléphone d’urgence au fond de mon casque, « we hope you won’t need it but… you know… just in case », il m’a fallu un moment pour comprendre que ce n’était pas juste pour me le rendre si je le perdais dans un bar après deux verres de Sam AdamsWhat do you fucking mean  ‘just in case’ ? Dans l’esthétique du Beau et du Léger, pas de ‘just in case’ !  J’ai quand même collé mon sticker en tremblant.

Lundi matin, 8h15, 7 heures de sommeil (carence majeure dans mon cas), -12 °C, quelques flocons maigrichons également appelés « pluie glacée qui te mord les os ». Sur mon vélo, le vent me brûle le visage. Vous vous souvenez quand vos parents vous emmenaient, à six ans, vous faire brûler une verrue à l’azote et que vous refusiez de leur parler pendant les trois jours qui suivaient, même quand ils vous achetaient de la glace au chocolat pour se faire pardonner ?  La même chose, mais sur tout le visage. Le vélo multiplie sournoisement le froid par un coefficient d’environ 8000 (donc pour ceux qui suivent, 8000 x (-12) = -96000).

Je pédale sur une montée sans piste cyclable quand soudain je sens l’haleine huileuse d’un 4×4 collé à ma roue arrière. Après m’être faite klaxonner trois fois aux fesses et pris un « FUCK OFF YOU PUSSY IT’S A FUCKING ROAD NOT A BIKE LANE » matinal, I may or may not have hated myself for ever GOOD MORNING SUNSHINE !

J’essaie de reprendre mon souffle sans mourir au feu rouge, au milieu des voitures qui me dépassent sur la gauche parce que je n’ai pas réussi à indiquer que moi aussi je voulais aller à gauche – mais aussi COMMENT LACHER LE GUIDON POUR DIRE SI TU VAS A DROITE OU A GAUCHE SANS TE CASSER LA GUEULE, HEIN ? L’Homme de Ma Vie, qui s’est dévoué pour m’assister dans cette trépidante aventure, essaie de m’empêcher de couper la route à une voiture à un croisement, il dit « PAS DEVANT LE TAXI !», j’entends « PASSE DEVANT LE TAXI !» : que nenni des clins d’œil langoureux, je me fais hurler dessus pour la troisième fois en vingt minutes et j’ai le cœur dans la gorge. Et by the way : Le vélo, ça fait MAL. Ceux qui le nient MENTENT EFFRONTÉMENT. Les routes déformées par la neige et le sel me labourent les fessiers en mode Fifty shades of Gray et je commence à me demander si je vais pouvoir m’asseoir au bureau (R.I.P. sex-appeal).

Finalement, j’arrive à destination, vacillante telle la flamme dans la neige (ou juste telle la fille qui ne sait pas faire du vélo dans la neige, à vous de voir). J’attache ma bécane* et me repasse le « « FUCK OFF YOU PUSSY IT’S A FUCKING ROAD NOT A BIKE LANE » en réprimant mes sanglots. C’est…quand même… pas de… ma faute… si… y’a pas… de fucking bike lanes… J’ai envie de gifler mes potes bobos-hipsters-à-mèche-pour-la-paix-dans-le-monde qui ont eu les couilles de me vendre ça comme l’ultime preuve de progrès social et de fraternité internationale. ET LA MARMOTTE ELLE MET LE CHOCOLAT DANS LE PAPIER D’ALU ! Vélo = trou noir d’énergie négative, et IL EST QUE 8H45 ! Je repense avec nostalgie à mes heureux jours de marche, ces jours lointains où NPR rythmait mes pas en me donnant le pouls du monde. Ah, comme on était bien.

« Oh come on, girl, it’ll come, you’ll get it, you just have to get used to it !». Sure, et la mort c’est aussi une question d’habitude ?

« Well you didn’t chose the easiest place to start biking… I mean… Hello, Boston ! Not exactly the friendliest place on Earth. » 

Oh, is that right? Je ne prendrai le vélo que pour les pique-niques au bord de l’eau.

*NB : J’ai bien conscience que cette phrase est particulièrement kitsch mais j’ai toujours eu envie de dire j’attache ma bécane avec la dégaine rock’n’rauque du collectionneur d’Harley Davidson à barbe poivre et sel qui met ses Ray-Ban, juste pour voir l’effet que ça faisait. Je ne suis pas déçue.

OMG « I’m sexy and I know it »

25 Fév
flickr CC

flickr CC

Entre deux tempêtes de neige qui font les gros titres de la presse mondiale, il fallait bien une petite compensation. Appelez ça une fuite si vous voulez. Moi j’appelle ça l’instinct de survie.

Votre humble servante craque donc son slip et sa tirelire en se payant 4 jours au soleil de Miami Beach, en solitaire (le prix à payer quand votre mec a adopté 200 souris de laboratoire immortelles à traiter quotidiennement et que votre meilleure pote sort avec un control-freak-psychorigide qui refuse de la laisser partir avec vous, mais c’est une autre histoire).

Jeudi, 23h57, le tarmac de Miami m’accueille, certes seule, mais pile poile on time. Je n’en reviens pas que mon vol n’ait pas été annulé pour cause d’apocalypse/reporté à jamais/ en retard de 8 heures/que le pilote ne se soit pas cassé le bras en vol/ qu’aucun animal à fourrure n’ait élu domicile dans un des réacteurs à deux minutes du décollage. J’en conclu glorieusement : OMG, la malédiction est brisée ! CHAMPAGNE CHARLEMAGNE, A LA TIENNE ETIENNE.

Mais… que vois-je par le hublot ? Serait-ce une tempête tropicale ? NON ! IMPOSSIBLE ! JE VIENS DE QUITTER UNE TEMPÊTE DE NEIGE, LES TEMPÊTES NE PEUVENT PAS S’ACHARNER SUR MOI SEULE? Et bien si (avec 30 degrés de plus à Miami, certes, mais enfin…voilà voilà). J’arrive moite, dégoulinante et frisottante chez un ancien collègue qui m’accueille malgré la gastro qu’il vient de se choper (« Ah… really… ? Are you sure ? Should I come ? Really ? »). Il me reconnaît par l’œil de bœuf malgré ma dégaine de Jackson Five et rassemble ses forces pour s’excuser au nom de l’injustice mondiale : « I mean it’s really the first time it’s that bad since I moved to South Beach, I am SO sorry for you girl… ». Well… so am I. « Tomorrow it’ll be gorgeous, I am sure, let’s stay positive ». C’est seulement quand, le lendemain, on a du demander des sacs poubelles aux serveurs du café pour se protéger du déluge que j’ai commencé à perdre espoir.

Imaginez mon soulagement quand des rayons de soleil ont fini par percer samedi matin. D’humeur joyeuse, je dirais même joviale, j’enfile mon short et un t-shirt, non sans oublier le the-cutest-bikini-ever.

-Want some sunscreen?

Of course, are you kidding, I’m totally paranoid.

Je protège toutes les parties découvertes et cours à la plage pour boire le soleil.

Il fait frisquet mais l’eau est transparente comme les comptes de campagne de Bar l’aquarelle,  les accents cubano-portoricains accouchent d’un anglais métissé, le sable semble ne jamais finir de muscler les jambes des bimbos en strings brillants., « Hija a ti te lo digo, this man is crazy! » Le dépaysement m’a enfin prise par la main pour m’emmener danser.

Je joue à la touriste jusqu’au bout des ongles et loue un transat, un matelas jaune, un parasol blanc, vais me chercher une quesadilla au fromage à emporter et, en attendant son arrivée devant le food-truck à quelques mètres, souris niaisement du sourire de ceux qui ont deux jours pour lire les livres qu’ils aiment, regarder les vagues, mater ceux qui passent, absorber la chaleur comme un buvard tiède, et on disait que ce ne sera jamais lundi.

Soudain j’entends d’étranges râles du côté de mon transat, un genre d’hybride mi goéland-mi crapaud, entre deux battements d’ailes trop lourdes. Quelques personnes se sont levées, commentant un phénomène que je ne vois pas.  Je paie illico la quesadilla fumante dans sa boîte de polystyrène, et m’approche du désastre en courant.

Il y a des centaines d’animaux et au milieu un couple de Chinois.

Visiblement, ils s’éclatent.  Mais alors pas le petit enthousiasme du touriste conquis par la beauté du lieu, non non, ils s’éclatent de la vraie éclaterie, en poussant des cris et en sautillant toutes les deux secondes comme des grillons sous ecxtasy. Ils protègent des UV leur cinquantaine bedonnante derrière de grosses lunettes noires… et un sac de bouffe pour oiseaux. Au début, je rigole. Et puis… Pour oiseaux ? Mais… que ? Oh non. Fuck-fucking-FUCKERS ! Elle se met à hurler « Youuuuuuhaaa » en engraissant ces connasses de mouettes pendant qu’il mitraille du bout de son appareil photo de deux tonnes cinq avec un zoom qui capturerait les pates d’oie d’E.T.

Il y en a plein, il y en a trop, et leur nombre grandit. Des grandes des petites des grises des noires des blanches des à pates cassées des à becs jaunes des violentes et des timides (mais même les timides ont l’air violent). Elles arrivent en nuages stridents, comme si l’espèce humaine n’était pas assez en danger avec juste le ratio normal de mouettes/kilomètre carré. Traumatisée par un précédent assaut, j’essaie de bouger mon transat mais il est lourd, le parasol est loin dans le sable et je n’ai plus la force psychologique de lutter. J’ai faim. Je suis déprimée.

Je m’assois et ouvre ma petite boite. Deux minutes plus tard, elles m’encerclent : je ne me démonte pas. J’avale goulument presque sans respirer ma quesadilla et son demi-kilo de fromage fondu devant des sourires pincés de lèvres refaites : je veux crier « vous n’en aurez pas une miette, sales crevardes » mais je me retiens parce que quand même, on est à South Beach.

Après une éternité de  « Youuuuuuhaaa » et de cris perce-oreilles que j’essaie d’ignorer en les noyant dans un océan de faits inutiles collectés sur Wikipedia à propos de Miami (minute Que Sais-Je?: Miami est la mère de Burger King où vivent les Bee Gees et où s’est fait assassiner Versace), le sac de graines s’épuise. Les mouettes comprennent que même Versailles a une fin, et partent en quête du prochain couple de pigeons (non sans m’avoir arraché la boîte de polystyrène vide restée à mes pieds pendant une milliseconde d’inattention –pour ma défense je lisais simultanément que les habitants de Miami s’appellent Miamians, ce qui provoqua mon hilarité. La solitude n’a pas que du bon.)

Le soleil fait une apparition éclair et franche. OMG – C’est NOW OR NEVER. Je me précipite pour fermer mon parasol et enlever ce qui s’interpose encore entre mon bikini et la gloire des rayons de Floride en février. Je reste comme ça, comme un gros chat repus lors de sa sieste du midi, juste pas longtemps, juste 30 minutes, ça ne peut pas faire de mal. J’ignore à ce stade que pendant le le reste de mon séjour j’arborerai ce que mon hôte nommera le « anti-farmers’ tan » : un beau coup de soleil flamboyant ayant exactement la forme d’un short et d’un t-shirt, puisque dans mon extrême intelligence ce sont les seules parties que je n’ai pas tartinées après les avoir enlevés : Paye ta classe olympique.

Ce soir, on sort.

« What kind of shoes did you bring ? »

-flats.

-flats ?!

-But cute flats. To dance, you know ? I hate dancing with stilettos…

-And what dresses do you have ?

-This one and that one.

-Hmmm… I don’t know if  they’ ll let you in…

BAAAAM BABY, DANS TA FACE

-What do you mean ?

-Well, you know, Miami.. it’s all about your looks. Tiny tiny skirts, high high heels, fake fake… everything. Miami’s style is… it’s LOUD. But I mean we can try…

And we did try. And we did get in (bon, ok, il connaissait le videur).

Il m’a fallu une minute pour comprendre exactly how loud.

A Miami la louderness est un « fashion statement ».

But not it a bad way.

Il y a quelque chose, au fond, dont on a tous eu envie en écoutant Will Smith chanter « WELCOME TO MIAMI – BIENVENIDO A MIAMI » quand on avait 14 ans. La légèreté de l’être dans tout son plastique à bulle, dans tout l’art du fake, du vulgaire assumé, de la bombasse qui rules the dancefloor en chantant I’M SEXY AND I KNOW IT, et soudain tout cela prend un sens littéral dénué de tout second degré, drôle malgré tout ce monde qui se prend au sérieux, et soudain les homos musclés aux protein shakes se foutent de la gueule des straight aux dents trop blanches, et soudain plus rien n’a d’importance.

–       Having Fun ?

–       Having a blast !

–       You’re welcome anytime, even when it’s warm…

–       Count on me, I’ll be back.